instrumentimageriesourcescollections
Texte

Pastoralisme et ruralité

avantaprès

Tantôt ennoblie, célébrée, ou péjorativement connotée, la cornemuse est le corollaire des relectures successives de l'idéal pastoral et des constructions de la ruralité, aujourd'hui encore à l'œuvre pour servir des enjeux sociaux et politiques.

Le berger-musicien dans le rôle du bon pasteur

L'image du cornemuseur est étroitement associée à la figure du berger. Dès le XIIIe siècle, il est présent dans les enluminures des livres de prières, et plus systématiquement à partir du début du XVe siècle, dans la scène religieuse de l'annonce aux bergers. Le berger-musicien tient rôle chrétien du bon pasteur : c'est par lui que passe le message céleste exprimé par l'ange. Ce même personnage est progressivement transposé au cours du XVIe siècle dans une autre scène biblique, celle de l'adoration des bergers devant la nativité. Cette figure du berger est ensuite reprise dans l'univers bucolique des rêveries pastorales baroques, sensibles dans les domaines de la poésie, de la musique (avec les pastorales de Lully ou, auparavant, chez Monteverdi) et des arts graphiques. Au XVIIe siècle, les aristocrates, en quête d'un style humble et de repères stables et conventionnels attachés à la Nature, aiment poser jouant de la musette de cour dans un décor champêtre. L'instrument qu'ils arborent incarne, dans ce nouvel idéal, les points de convergence entre le savant et le populaire, la ville et de la campagne.

Rusticité et ruralité

Un déplacement a lieu, au cours du XVIIIe siècle en Grande Bretagne et en Allemagne, au XIXe siècle en France, où la figure du berger s'efface devant un intérêt plus large et plus scientifique pour le folklore et le passé en général. Le goût romantique pour les traditions populaires occupe désormais le devant de la scène. Les chansons et contes du monde rural retiennent alors davantage l'attention que la musique instrumentale, excepté chez George Sand pour qui la danse et la cornemuse marquent le nouvel univers esthétique de ses romans champêtres. Avec la révolution industrielle, à la fin du XIXe siècle, la cornemuse incarne les dernières résistances du monde rural, dans une démarche de "survalorisation" des campagnes, non dénuée parfois de connotations péjoratives. Ce contexte inspirera les premières tentatives de sauvegarde, et de fixation des traces du passé, qui donneront lieu à des collectes centrées sur les expressions musicales, mais que l'on observe aussi dans les regroupements de type folklorique des communautés de provinciaux exilés à la ville. Un certain attrait pour la ruralité ou même la "rusticité" sera remis perpétuellement en scène. Jusqu'à ce que de nouveaux  modes de vies soient promus dans le dernier quart du XXe siècle, par des néo-ruraux ou des citadins qui se réapproprièrent et transformèrent à leur tour ces héritages symboliques.

Le berger-santon dans les crèches aujourd'hui

Cette forme de "poésie pastorale" est présente aussi dans les arts populaires : les crèches en sont la manifestation. Les joueurs de zampogna italiens, présents depuis l'époque baroque dans les crèches napolitaines ou les joueurs de duda thèque plus contemporains sont associés à la représentation de l'Adoration des bergers devant la Nativité, une survivance sans doute de l'ancienne vocation des cornemuseurs à accompagner les cérémonies organisées par les confréries religieuses, comme ce fut le cas pour la chabrette limousine en France dès la fin du XVIe siècle. La preuve aussi est donnée par les nombreux Noëls (airs joués à cette occasion) qui constituent souvent le répertoire des cornemuses. On pensera aussi à ce chant de Noël du répertoire chrétien : "Il est né le divin(e) enfant, jouez hautbois résonnez musette". Cela montre que l'imaginaire se développe à partir de faits réels car les bergers comptèrent assurément parmi les joueurs privilégiés de cornemuse même si l'instrument ne leur a jamais été exclusif contrairement aux idées reçues.

 

 
Juin 2007 © MuCEM (tous droits réservés)