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Texte

Échelle, tonalités et doigtés

 

Le tuyau mélodique

L'ambitus des cornemuses dépasse rarement une neuvième, soit une octave plus un ton. Pour comparer, celui de la clarinette couvre  plus de 3 octaves, ce qui reste rare pour un instrument à vent. Cela dit, chaque cas estparticulier : sur la duda hongroise, l'ambitus se limite à l'octave. Celui de la cabrette d'Auvergne est normalement d'une dixième, selon la technique de jeu adoptée et la nature de l'anche : il est possible d'obtenir des notes exceptionnelles en "forçant sur les anches", selon l'expression des cabrettaires. Le uilleann pipes irlandais peut couvrir deux octaves quand il est bien "anché" et la musette baroque, jouer sur deux octaves et une quarte, ce qui pour son époque est exceptionnel: c'est plus que le hautbois et autant que la flûte traversière baroques.

Solène Riot
On entend l'ambitus d'une cornemuse ou musette du Centre 16 pouces (anche double, perce conique, 9 trous de jeu dont 2 pour les pouces - le deuxième est d'introduction récente), jouée par Solène Riot. D'abord la note la plus grave obtenue tous trous de jeu bouchés (un fa grave) puis la plus aiguë, jouée tous les trous ouverts (do de l'octave au dessus). L'ambitus est d'une octave et une quinte.

Les cornemuses sont de nos jours produites dans des tonalités standardisées, notamment pour pouvoir s'adapter au jeu en ensemble, entre elles ou avec d'autres instruments. Auparavant elles étaient essentiellement jouées solo ou en couple, souvent avec un hautbois ou un tambour, et chacune avait sa tonalité et son échelle, globalement la même au sein d'une culture donnée mais fluctuante d'un instrument à l'autre, ce qui fait que deux cornemuseurs ne pouvaient pas forcément jouer ensemble.

Solène Riot
Cette cornemuse ou musette du Centre  (anche double, perce conique, 9 trous de jeu dont 2 pour le pouces – le deuxième est d'introduction récente) a une tonalité de sol. Elle est appelée aussi "16 pouces" ce qui correspondait, selon le système de mesures d'avant la révolution française à la longueur du tuyau mélodique et indiquait la tonalité. Voici toutes les notes qu'elle produit, jouées par Solène Riot.

A la demande du compositeur galicien Rojelio de Leonardo Bouza pour son œuvre Setemino, le facteur et musicien Antón Corral a fabriqué quatorze tuyaux mélodiques pour quatorze cornemuses différentes afin de varier les tonalités sans changer les doigtés. Le plus grand, en do grave, comportait deux clefs de jeu en bois et mesurait 67,8 cm. Suite à cette composition, certaines tonalités de ses gaitas ont été adoptées par les musiciens, le si naturel par exemple car il sonne facilement.

punteiros de A. Corral
Punteiros (tuyaux mélodiques de la gaita) de Antón Corral, Vigo, Espagne, 2005. On voit, de gauche à droite (et du grave à l'aigu): le punteiro en fa dièse, sol, la bémol, la, si bémol, si bémol brillante (un peu plus haut par rapport au La 440), si naturel, do naturel, do dièse, ré, mi bémol, mi et fa aigu.

On peut aussi varier la tonalité sur la cabrette auvergnate en changeant son "pied" (ensemble tuyau mélodique/petit bourdon parallèle). Un bon cabrettaire avait normalement plusieurs pieds de rechange pour pouvoir assurer le bal en jouant, avec l'accordéonniste dès lors qu'ils se sont associés, un répertoire "moderne" d'airs auvergnats autant que "parisiens".

cabrettes de Séguret
Instrumentarium de Claude Séguret (1927-1984), installé à Paris. Deux cabretteset leurs pieds (et plus qu'il n'en faut, car Claude Séguret les collectionnait), plus le soufflet et la grelottière (bracelet de cheville joué par le musicien en frappant le sol pour s'accompagner rythmiquement). Collection MuCEM (2000.34).
 
Juin 2007 © MuCEM (tous droits réservés)