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Du folklore à la science, l'ethnomusicologie

avantaprès

La relance du jeu de la cornemuse, telle qu'on l'observe aujourd'hui, doit beaucoup aux collectages des folkloristes du début du XXe siècle. A cette époque, les dernier joueurs sont encore actifs et l'appareil photographique, dont l'invention précède celle du phonographe, fixe leur portrait tandis que les premiers musées intègrent leurs instruments. Le musée d'ethnographie du Trocadéro à Paris, ouvert dans les années 1870, conserve l'une des premières cornemuses: inventoriée sous le numéro 1888.13.1, elle proviendrait du Morvan et fait aujourd'hui partie des collections du MuCEM.

Les précurseurs : Perfecto Feijoo en Galice...

Cela dit, sur le plan du collectage proprement musical, il faut avouer qu'en France tout au moins, ce sont tout d'abord les chansons qui intéressent les folkloristes, alors qu'en Galice par exemple, des érudits tels que Perfecto Feijoo (1858-1935) ont choisi la cornemuse pour objet d'étude. Certes, son but vise plus la sauvegarde des traditions dont il sait qu'elles sont vouées à disparaître, et il monte lui-même un groupe, Aires da Terra, qui gravera son premier disque commercial en 1904. Mais les notations qu'il a laissées au musée de Pontevedra, issues de ses rencontres avec les cornemuseurs traditionnels (lui-même est un apothicaire installé en ville), figurent aujourd'hui parmi les ressources les plus importantes pour la gaita.

... et Béla Bartók en Hongrie

Ailleurs en Europe, les compositeurs cherchent dans les musiques rurales de leur pays une source d'inspiration pour consituer une musique de caractère national. En 1911, Béla Bartók fixe pour la postérité les premières traces sonores de l'instrument: il enregistre les cornemuseurs hongrois au village de Ipolyság (aujourd'hui Sahi en Slovaquie). Assurément, c'est le développement des techniques d'enregistrement qui lancera le "folklore musical" comme discipline à part entière. Et ces hommes, quelles que soient leurs motivations, sont probablement sans le savoir les véritables précurseurs de l'ethnomusicologie, selon le terme consacré aujourd'hui qui apparaîtra seulement dans les années 1950. Bartok (1881-1945), accompagné du Roumain Constantin Brailoiu (1893-1958) posent les premiers jalons de l'étude scientifique des musiques populaires, relayés ensuite, en ce qui concerne la France, par des personnalités comme Claudie Marcel-Dubois (1913-1989) qui gravera pour la première fois le son d'un biniou enregistré en 1939 dans une ferme en Basse-Bretagne.

Le département de folklore musical au MNATP

Claudie Marcel-Dubois, jeune diplômée du Conservatoire de Paris, qui, tout en fréquentant l'école du Louvre suit les cours d'anthropologie de Marcel Mauss, est engagée par André Schaeffner au Musée d'ethnographie du Trocadéro en 1934 pour s'occuper de la phonothèque du département de musicologie comparée. Trois ans après, à la demande de son nouveau directeur, Georges Henri Rivière, elle prend en charge la section de folklore musical lors de la création du Musée National des Arts et Traditions Populaires. Rejointe en 1945 par Maguy Pichonnet-Andral, elle fera du musée et de sa phonothèque jusque dans les années 1980 une institution pilote en matière d'ethnomusicologie du domaine français. De nombreuses cornemuses des collections du musée ont été rapportées ou acquises par ces deux chercheurs. Le terme ethnomusicologie sera officialisé dans les années 1950. De nombreuses missions porteront sur les cornemuses, mais les plus importantes se feront en Bretagne et en Auvergne.

 

 
Juin 2007 © MuCEM (tous droits réservés)